Tome 2 - Effroi en Sorsasie
L'action se passe en Sorsasie (à l'Est d'Emulgrie), dont la capitale est Ajirsar.
Personnages et interprétation :
Anexans
Rébecca (elfe de jour d'Anexan) (Marilyne Daphné)
Valyra (elfe de jour d'Anexan) (Bella Deetz)
Emulgres
Awène (Marie Hélène Masuzzo)
Iris (Adriana Masuzzo)
Lÿn (Lynn Pariss - Egérie Lady Bulle Studio)
Meril (Gaëtan Brérard)
Pigaste (Eléna)
Sarah (Jadys Vigneulle)
Sarric (HelFried)
Gandriens du Sud
Zélie (Akasha Lilith)
Gnawnes
Iréise (Adriana Masuzzo)
Meril d'Aquilin (Gaëtan Brérard)
Grisois
Lÿn (Lynn Pariss - Egérie Lady Bulle Studio)
Sarric Tradan (Frédéric Holtz / HelFried - Egérie homme Lady Bulle Studio)
Ouropiens
Nazul Krel (hématope d'Ouropa) (Van Hitman)
Sirénéennes
Ariana
Madahy
Nerisana
Thanéise
Sirénéennes
Madahy
Sorsasiens
Le Grand Empereur de Sorsasie (Jacky Gé)
Nezohr le Magnétique
Sarah Good (Jadys Vigneulle)
Coralie de Sorsasie (Nadia Blixen)
Nell la Sombre (Laure Molières)
Agwagnès (Myra Grandjean)
Khâl Magnus (Vivien Ptd)
Synopsis
Lÿn arrive en Sorsasie. Elle veut s'adresser au Grand Empereur de Sorsasie pour lui demander de lui révéler des informations concernant ses origines. Mais la Sorsasie est sans dessus dessous, menacée par les Gandriens du Sud et de l'Est. Lÿn est embarquée malgré elle dans le conflit.
L'émulgre ours Méril est attaqué et doit se métamorphoser. Il devient le gnawne Méril d'Aquilin.
Récit détaillé
Après avoir fui l'Émulgrie, Lÿn poursuit sa route vers les terres de Sorsasie, accompagnée de Pigaste. Épuisée par son exil et hantée par les questions qui la poursuivent depuis sa naissance, elle espère rencontrer le Grand d'Or, le Grand Empereur de Sorsasie, réputé être le plus grand sage des Terres Habitées.
Elle veut comprendre pourquoi elle est née sans halo, pourquoi la nature lui parle comme à une enfant de son propre sang et pourquoi la Reine Capitale semble déterminée à la faire disparaître.
Lÿn et Pigaste ne voyagent cependant pas seule. Iris, envoyée par Premier pour veiller sur elles, les suit avec Awène. Toutes deux espèrent la ramener en Émulgrie, même si elles savent que rien ne sera plus comme avant.
Mais la Sorsasie est en proie à de violents troubles. Des villages sont incendiés, des caravanes disparaissent et des créatures autrefois pacifiques se retournent contre leurs voisins. Les Gandriens de l'Est et du Sud multiplient les attaques, tandis que les Gnawnes quittent leurs forêts ancestrales pour se réfugier dans des territoires qui ne sont pas les leurs.
Les peuples accusent leurs voisins. Les alliances anciennes se brisent. Le Grand Empereur, pourtant réputé pour sa sagesse, semble perdre peu à peu le contrôle de ses terres.
Personne ne comprend l'origine de cette folie collective.
Personne, ou presque, ne remarque que chaque conflit éclate à un endroit stratégique, chaque attaque affaiblissant un allié du pouvoir impérial.
Derrière ces événements se cache Nezhor le Magnétique, conseiller influent du Grand Empereur. Maître dans l'art de séduire les esprits, il sait éveiller les rancœurs, amplifier les peurs et transformer les frustrations en haine. Il ne commande pas directement les armées : il fait en sorte que chaque peuple croie combattre pour sa propre survie.
Aux yeux de tous, Nezhor reste un serviteur dévoué de la couronne, un homme raisonnable qui tente de préserver l'unité du royaume.
Il est pourtant l'architecte silencieux de sa chute.
Alors que Lÿn, Pigaste, Iris et Awène traversent une région boisée, elles sont surprises par un affrontement entre les Gnawnes, les Sorsasiens et une Gandrienne du Sud, Zélie.
Méril, un émulgre, combat aux côtés des Gnawnes. Sarric, lui aussi émulgre, tente de protéger les voyageurs pris au piège. Tous deux ignorent que cette bataille a été provoquée par de fausses accusations savamment répandues par les agents de Nezhor.
Au milieu de la confusion, Méril est frappé par une magie gandrienne. Son halo vacille, se fissure, puis se détache de lui dans un éclat aveuglant.
La lumière disparaît.
Son corps se métamorphose. Ses traits changent, sa silhouette se fond dans celle d'un esprit sylvestre et sa conscience se réveille sous une nouvelle forme : Méril d'Aquilin, un Gnawne.
Quelques instants plus tard, Sarric subit le même sort. Blessé par une attaque gandrienne, il perd un halo et se transforme en Sarric Tradan, un Grisois.
Les deux émulgres viennent de franchir malgré eux le seuil d'une nouvelle existence.
Mais cette fois, la transformation n'a rien d'une renaissance paisible. Ils conservent des fragments de leurs souvenirs, des réflexes de leur ancienne vie et une douleur profonde : celle de ne plus reconnaître leur propre corps.
Iris se précipite pour secourir Méril, sans voir venir le coup qui la frappe à son tour. Son halo est arraché par la violence de l'attaque.
Elle devient Iréise, une Gnawne.
Awène tente de repousser Zélie pour protéger Lÿn. Elle est grièvement blessée et perd à son tour son halo. Son corps se transforme en celui d'une Gandrienne de l'Est : Awaen.
Quatre vies viennent de basculer.
Lÿn assiste, impuissante, à ces transformations successives. Pour elle, la perte d'un halo n'est pas seulement une métamorphose : c'est la disparition d'une part de soi, un arrachement à tout ce qui rendait une personne familière.
Soudain, des silhouettes lumineuses apparaissent entre les arbres.
Valyra, elfe de jour d'Anexan, intervient avec l'aide de Rébecca. Leur magie solaire disperse les combattants et contraint Zélie à battre en retraite.
Au milieu du chaos, Agwagnès, une puissante Sorsasienne, rejoint Lÿn et la met à l'abri.
Elle ne semble pas surprise par les événements. Elle observe Lÿn avec une attention étrange, comme si elle reconnaissait en elle quelque chose qu'elle aurait préféré ne jamais revoir.
Avant de la quitter, Agwagnès lui remet un collier ancien.
Le talisman se referme doucement autour du cou de Lÿn. Une lumière sombre, traversée de reflets argentés, parcourt la pierre qui y est enchâssée.
Agwagnès lui révèle qu'il s'agit du Collier de Brèche-Mue, un artefact conçu jadis par les Sorsasiens grâce à un pacte conclu avec les Esprits du Renversement.
Le collier ouvre une faille entre l'apparence et l'essence. Il permet à son porteur d'emprunter temporairement une forme en accord avec les possibilités profondes de son âme.
Il ne crée pas une identité nouvelle : il révèle une autre manière d'exister.
Grâce à lui, Lÿn pourra prendre des formes qui lui permettront de traverser des territoires hostiles, de se dissimuler parmi des peuples étrangers et de survivre aux dangers qui l'attendent.
Agwagnès lui explique toutefois que le collier n'est pas un jouet. Chaque transformation exige une volonté ferme et une connaissance de soi. Celui qui se perd dans ses formes successives risque de ne plus savoir quelle apparence est la sienne, ni quelle voix appartient à son véritable esprit.
Lÿn comprend alors que cet objet pourrait lui permettre de devenir ce qu'elle n'a jamais pu être : une émulgre capable de franchir les frontières entre les peuples sans dépendre d'un halo.
Avant de partir, elle interroge Agwagnès sur les raisons de ce cadeau.
La Sorsasienne détourne les yeux.
— Je ne t'offre pas ce collier parce que tu es faible, Lÿn. Je te le confie parce que certains secrets sont trop dangereux pour être portés à visage découvert.
— Quels secrets ?
Agwagnès reste silencieuse.
— Ceux que tu recherches depuis ta naissance.
Pendant que les combats se multiplient sur les frontières, les sirénéennes profitent du désordre pour étendre leur influence.
Thanéïse, Madahy, Nérisana et Ariana servent des desseins que nul ne soupçonne encore.
Elles ne se contentent pas d'attaquer les voyageurs ou de séduire les soldats par leurs chants. Leur véritable arme est la mémoire-liquide.
Elles infiltrent les campements en prenant l'apparence de naufragées, de messagères ou de victimes de guerre. Elles recueillent les confidences des soldats, découvrent leurs peurs et leurs rancœurs, puis modifient subtilement leurs souvenirs.
Un capitaine sorsasien se réveille persuadé d'avoir vu un Gnawne assassiner son frère. Une Gandrienne jure que les Grisois ont empoisonné les sources de son village. Un ancien allié croit avoir été trahi par ceux qui l'ont autrefois sauvé.
Les souvenirs sont suffisamment vrais pour sembler irréfutables, mais suffisamment altérés pour déclencher de nouveaux affrontements.
Thanéïse se spécialise dans l'infiltration des cours et des cercles de pouvoir. Son chant peut faire naître le doute chez ceux qui l'écoutent, jusqu'à leur faire soupçonner leurs plus proches alliés.
Madahy s'attaque aux témoins des batailles. Elle efface certains détails, inverse les responsabilités et transforme les survivants en instruments de propagande involontaires.
Nérisana préfère les embuscades. Elle attire les patrouilles vers des passages inondés, puis utilise les courants pour séparer les groupes et les livrer à leurs ennemis.
Ariana, enfin, est la plus dangereuse dans les relations humaines. Elle se fait passer pour une confidente et découvre les secrets les mieux gardés. Elle sait quelles paroles prononcer pour provoquer une rupture entre deux amis, deux familles ou deux souverains.
Toutes quatre agissent au profit de Nezhor le Magnétique.
En échange, celui-ci leur promet qu'une Sorsasie affaiblie ne pourra plus entraver leurs ambitions sur les terres et les eaux environnantes.
Leur alliance est scellée par un pacte secret : les sirénéennes fourniront les mensonges, Nezhor leur donnera les moyens de les transformer en guerre.
Pourtant, même les sirénéennes ignorent jusqu'où va la véritable ambition du conseiller.
Nezhor ne veut pas seulement affaiblir le Grand Empereur.
Il veut devenir indispensable à sa survie, jusqu'au jour où le souverain ne pourra plus gouverner sans lui.
Alors que Lÿn et ses compagnons cherchent à rejoindre la capitale, une nouvelle embuscade éclate.
Coralie de Sorsasie, fille du Grand Empereur, est prise au piège sur une route forestière. Son escorte a été dispersée et plusieurs gardes ont disparu. Les assaillants semblent connaître chacun de ses déplacements.
Nell la Sombre, une Sorsasienne dont la réputation inspire la méfiance, tente de protéger la princesse. Elle se retrouve cependant prise entre deux Gandriennes : Zélie et Awaen.
Lÿn reconnaît immédiatement le danger. Grâce au Collier de Brèche-Mue, elle adopte une forme de Grisoise, capable de manier une magie adaptée à la confrontation.
Elle se jette dans la bataille, détourne l'attention des assaillantes et crée une ouverture qui permet à Coralie de s'échapper.
Son intervention sauve la princesse de justesse.
Lorsque les Gandriennes se replient, Coralie regarde Lÿn avec une gratitude sincère. Elle découvre une jeune femme que tout semble condamner à la faiblesse, mais qui a risqué sa vie pour une inconnue.
Elle décide de la conduire elle-même auprès de son père.
Nell, quant à elle, demeure silencieuse. Elle a remarqué le collier de Lÿn et la facilité avec laquelle la jeune émulgre a changé de forme.
Elle sait que de telles transformations ne devraient pas être possibles.
Elle choisit cependant de garder ses soupçons pour elle.
La rencontre avec le Grand Empereur est solennelle.
Dans la salle des Saisons, sous une voûte constellée de symboles anciens, Lÿn se tient face au souverain de Sorsasie. Autour d'eux, les conseillers observent la jeune étrangère. Parmi eux se trouve Nezhor le Magnétique, qui affiche un sourire calme et bienveillant.
Coralie raconte le sauvetage et demande à son père de récompenser celle qui lui a sauvé la vie.
Le Grand Empereur écoute attentivement. Son regard se pose sur le Collier de Brèche-Mue, puis remonte vers le visage de Lÿn.
— Que souhaites-tu recevoir en récompense, enfant d’Émulgrie ?
Lÿn ne demande ni richesse, ni titre, ni protection.
— Je veux connaître mes origines. Je veux savoir pourquoi je suis née sans halo, pourquoi mon peuple me considère comme une malédiction et pourquoi je peux entendre les voix de tous les êtres vivants. Je veux savoir ce que je suis réellement.
Un silence s'installe dans la salle.
Le Grand Empereur descend lentement de son trône.
— Les halos sont les fragments de la Lumière Première qui permettent aux émulgres de poursuivre leur existence à travers les renaissances. Depuis des siècles, les sages pensent que nul être ne peut exister sans être lié à ce cycle.
Il s'arrête devant Lÿn.
— Mais les anciens écrits évoquent une autre possibilité.
Lÿn retient son souffle.
— La possibilité qu'une âme ne soit pas privée de halo, mais qu'elle échappe entièrement à la Pesée des Âmes.
— Cela signifie-t-il que je n'ai pas d'âme ?
— Non. Cela signifie que les instruments de notre savoir ne savent pas mesurer la tienne.
Pour la première fois, Lÿn sent qu'une porte vient de s'entrouvrir.
Le Grand Empereur poursuit :
— Il existe, dans les archives les plus anciennes de Sorsasie, la trace d'un événement que les chroniqueurs ont appelé la Première Brèche. Une époque où les frontières entre les règnes du vivant n'étaient pas encore fixées, où les esprits, les animaux, les végétaux et les êtres pensants partageaient une même source.
— Quel rapport avec moi ?
Le souverain hésite.
— Je l'ignore. Mais les écrits mentionnent une lignée qui n'était soumise ni aux halos ni aux lois ordinaires de la renaissance. Une lignée dont le nom a été effacé des chroniques après une catastrophe dont personne ne connaît plus la véritable nature.
Lÿn fait un pas vers lui.
— Et vous pensez que j'en descends ?
— Je pense que ta naissance n'est pas un accident.
Ces mots la bouleversent.
— Alors qui sont mes parents ? Ma mère m'a-t-elle abandonnée ? Mon père sait-il que j'existe ?
Le visage du Grand Empereur se ferme.
— Je ne possède aucune preuve qui me permette de te répondre sans risquer de te mentir.
Il marque une pause.
— Mais je peux t'affirmer une chose : l'absence de halo n'est pas nécessairement une malédiction. Et ceux qui t'ont appris à la craindre ont peut-être davantage peur de ce que tu pourrais devenir que de ce que tu es aujourd'hui.
Lÿn veut poursuivre, mais le souverain lève doucement la main.
— Les archives de la Première Brèche ont été dispersées. Certaines ont disparu, d'autres ont été détruites. Il faudrait retrouver leurs fragments avant de pouvoir comprendre ce qu'ils disent réellement.
Elle baisse les yeux vers son collier.
— Agwagnès en sait davantage, n'est-ce pas ?
Le Grand Empereur ne répond pas immédiatement.
— Agwagnès est dépositaire de savoirs très anciens. Si elle a choisi de te remettre le Collier de Brèche-Mue, elle avait certainement ses raisons.
Ce n'est pas une réponse.
Lÿn comprend que le Grand Empereur lui a offert une piste, pas la vérité. Elle sait désormais que sa naissance pourrait être liée à un événement oublié, mais ignore toujours qui elle est, d'où elle vient et pourquoi son existence dérange tant les puissants.
Le souverain retourne vers son trône.
— Tu es venue en Sorsasie pour obtenir des réponses. Je ne peux pas encore te les donner toutes. En revanche, je peux te proposer quelque chose que nul autre royaume ne t'offrira : la possibilité de chercher sans être immédiatement condamnée pour ce que tu es.
Le Grand Empereur révèle alors à Lÿn l'ampleur de la crise qui secoue son royaume.
Les Gandriens se soulèvent. Les Gnawnes abandonnent leurs forêts. Les Grisois refusent désormais certaines décisions impériales. Les Sorsasiens eux-mêmes commencent à se diviser entre ceux qui réclament une répression immédiate et ceux qui redoutent une guerre civile.
Des témoignages contradictoires arrivent chaque jour à la capitale. Les responsables désignés changent d'un rapport à l'autre. Des témoins se rétractent, des messagers disparaissent et des chefs de village jurent avoir vu des événements dont d'autres affirment qu'ils n'ont jamais eu lieu.
Le Grand Empereur ignore qu'une partie de ces informations a été falsifiée par les sirénéennes. Il croit que son royaume est victime d'une succession de révoltes indépendantes.
Nezhor le Magnétique lui conseille de renforcer l'autorité impériale, de multiplier les arrestations et de placer les régions rebelles sous surveillance militaire.
Il paraît raisonnable. Il semble même être le seul homme capable de proposer une stratégie cohérente.
En réalité, chaque mesure qu'il recommande aggrave les tensions qu'il a lui-même provoquées.
Le Grand Empereur se tourne vers Lÿn.
— Tu as traversé nos frontières. Tu as vu nos peuples se combattre. Tu as toi-même été témoin de la manière dont un halo peut disparaître et transformer une existence. Tu possèdes un don que nos érudits ne comprennent pas : tu peux entendre des langages que les autres ne perçoivent pas.
— Je ne sais pas comment je fais.
— C'est précisément pour cette raison que je souhaite ton aide.
Il lui demande de parcourir la Sorsasie, de rencontrer les peuples qui se détournent de la couronne, d'écouter leurs griefs et de découvrir pourquoi la paix est devenue impossible.
Il lui demande également de retrouver les fragments des archives de la Première Brèche, en espérant qu'ils permettront de comprendre l'origine des troubles autant que celle de Lÿn.
En échange, il lui accordera l'accès aux archives impériales, la protection de la couronne et l'aide de ses meilleurs érudits.
— Aide-moi à remettre de l'ordre en Sorsasie, Lÿn. Ne combats pas pour mon trône. Découvre ce qui détruit mon royaume de l'intérieur. Si tu parviens à rétablir la confiance entre les peuples, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour t'aider à comprendre tes origines.
Lÿn hésite.
Elle n'est pas venue sauver un empire. Elle voulait simplement savoir pourquoi elle était née différente.
Mais les visages d'Iris, d'Awène, de Méril et de Sarric lui reviennent à l'esprit. Elle a vu des vies bouleversées par des forces que personne ne semble maîtriser. Elle sait que d'autres subiront le même sort si rien ne change.
Elle accepte.
— Je vous aiderai. Mais je ne serai l'instrument d'aucun pouvoir. Si je découvre que la couronne elle-même est responsable de ces souffrances, je ne détournerai pas les yeux.
Le Grand Empereur incline la tête.
— C'est précisément ce que j'espérais entendre.
Dans l'ombre d'une colonne, Nezhor le Magnétique observe la scène.
Son sourire ne disparaît pas.
Une étrangère sans halo, capable d'entendre les voix de la nature et de changer de forme grâce à un artefact ancien, vient de recevoir l'autorisation de parcourir librement les terres qu'il cherche à soumettre.
Il ignore encore si elle sera son plus grand obstacle ou son arme la plus précieuse.
Il décide de ne pas intervenir.
Pas encore.
La nuit suivant l'audience, Lÿn se rend seule dans les jardins impériaux.
Les arbres y sont anciens. Leurs racines plongent sous les murs du palais, et leurs branches s'étendent au-dessus des bassins où dort une eau noire.
Elle pose une main contre le tronc d'un vieux frêne.
— Tu sais quelque chose, n'est-ce pas ?
Les feuilles frémissent alors qu'aucun vent ne souffle.
Une voix s'élève, lente et profonde. Elle ne vient pas de l'arbre seulement, mais de la terre, de l'eau et des pierres qui entourent Lÿn.
— La lumière n'a pas disparu de toi, petite sans-couronne. Elle a seulement cessé de tourner en cercle.
Lÿn ferme les yeux.
— Qui suis-je ?
Les racines frémissent sous ses pieds.
— Celle qui se souvient sans avoir vécu. Celle qui entend ce que les royaumes ont oublié.
Puis la voix se tait.
Au même instant, le Collier de Brèche-Mue se met à briller. Dans sa pierre, Lÿn aperçoit durant une fraction de seconde une silhouette qu'elle ne reconnaît pas : une femme enveloppée de lumière, entourée de milliers de petites constellations qui s'éteignent une à une.
La vision disparaît.
Lÿn demeure immobile, le cœur battant.
Elle comprend que le Grand Empereur ne lui a révélé qu'une infime partie de ce qu'elle cherche.
Et, quelque part dans le palais, un homme qu'elle ne soupçonne pas commence déjà à préparer la prochaine bataille.
La Sorsasie n'est pas seulement un royaume en guerre. C'est un royaume dont quelqu'un réécrit la mémoire. Et Lÿn pourrait être la seule à entendre la vérité.
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